Edmond Rostand – 1868/1918

Comment imaginer aujourd’hui l’adulation que les Français vouaient à Edmond ROSTAND ? Toute une génération assoiffée d’héroïsme se reconnaissant en lui et en ses personnages.

CYRANO, bretteur redoutable mais aussi poète amoureux, au profil grotesque mais au cœur sublime

LE DUC DE REICHSTADT, fragile silhouette écrasée par l’ombre immense de l’épopée impériale

CHANTECLERC, coq superbe qui règne sur la basse cour, il croit que le soleil n’attend que son chant matinal pour apparaître chaque matin.

Ce sont là des héros aux qualités bien françaises : l’esprit, le panache, la générosité, la beauté du mot et du geste, le défi un peu ridicule, l’exploit désintéressé, la pointe, la bravoure et le trait. Et Dieu sait si l’esprit nationaliste français avait de l’importance au cours de cette période qui va de la débâcle honteuse de 1870 à l’espoir de revanche qui justifie la Grande Guerre de 1914 !

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Edmond Rostand

Edmond Rostand vit le jour à Marseille en 1868, un 1er avril, au sein d’une famille de négociants aisés et cultivés. C’est avec nonchalance qu’il accomplit des études brillantes avant de décider de se consacrer à la poésie.

Les débuts ne furent guère encourageants. Oublions charitablement LE GANT ROUGE, un vaudeville écrit à 20 ans en collaboration qui atteignit à peine quinze représentations, pour retenir plutôt un recueil de vers, LES MUSARDISES qui obtint un succès d’estime. En 1890, il épouse Rose, Étiennette (dite Rosemonde) Gérard, une poétesse de 19 ans qui passera à la postérité pour un distique fameux qu’un industriel de la bijouterie reproduira «à la chaîne» sur des montagnes de médailles.

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Car, vois-tu, chaque jour, je t’aime davantage, aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain

Ces vers sont repris depuis plus d’un siècle, gravés sur les médailles et autres bijoux que s’offrent les amoureux.

Deux fils naîtront qui connaitront des destinées fort différentes en 1891, Maurice et, en 1894, Jean.

Edmond ROSTAND continue de produire des pièces qui lui vaudront de compter au sein d’un milieu littéraire qui l’ignore, quelques solides amitiés. Si les DEUX PIERROTS sont refusés par la Comédie Française, LES ROMANESQUES, eux, seront joués (1894) il aura avec Sarah Bernhardt une liaison passionnée et, comme l’actrice dirige le théâtre de la Renaissance, elle montera et jouera ses deux pièces en vers LA PRINCESSE LOINTAINE (1894) et LA SAMARITAINE (1897). C’est alors, qu’en 1898, éclate le succès inattendu, énorme, incroyable de CYRANO DE BERGERAC, qui du jour du lendemain, fera de ROSTAND un héros national.

Deux ans plus tard, ce sera l’AIGLON. Un public subjugué fera un triomphe à Sara Bernhardt dans le rôle du jeune Duc de Reichstadt et à Lucien Guitry dans celui de Flambeau, le grognard. Il n’est pas d’honneurs trop grands pour EDMOND ROSTAND que l’Académie française accueille en 1901. A 33 ans, le voici siégeant parmi tant de vieille barbes.

Edmond Rostand vêtu de son habit d’Académicien en juin 1903. Rue des Archives/©Rue des Archives/PVDE

Hélas ! A la veille de la représentation de l’Aiglon, il avait contracté une pneumonie qui le condamnait à mener désormais l’existence précaire des tuberculeux. Son médecin lui recommanda CAMBO, une station des Pyrénées dont le climat était bon pour les poitrinaires. Il tomba amoureux du pays. Sur un plateau d’où la vue embrasse la chaîne des Pyrénées, il acheta un immense terrain où il entreprit d’élever le palais de ses rêves. Des nuées d’ouvriers commencèrent par créer en quelques mois un somptueux jardin à la française : des bassins crachaient une eau qu’il fallait faire venir de 20 kilomètres. Comme ROSTAND ne voulait pas de baliveaux, on arracha dans les forêts voisines des arbres de haute taille qui furent plantés selon les dessins du poète. En 1903, commencèrent les travaux de la maison : conçue comme un décor de théâtre, elle fut baptisée du nom d’un torrent de la région, «ARNAGA». Le luxe des installations rappelle le faste des palais orientaux : des colonnes de marbre, un escalier monumental à la rampe de fer forgé, un salon tapissé de laques de Coromandel. Madame ROSTAND se baignait dans une baignoire en argent massif. Un trentaine de domestiques s’activaient dans la maison, et, à l’extérieur, un bataillon de jardiniers régnait sur le parc et sur la basse-cour remplie d’animaux que le poète avait voulu tous blancs : blancs les pigeons, les poules, les paons, les chiens loups, blancs aussi les chevaux.

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la villa d’ARNAGA à CAMBO les Bains

Si vous êtes de passage à Cambo-les-Bains, une ville historique dans les Pyrénées atlantique, une visite de l’emblématique Maison Edmond Rostand s’impose. Un peu à l’écart de la ville, cette belle villa ne passe pas inaperçue avec son grand jardin de 15ha et son architecture qui a inspiré le style néo basque, devenu très populaire dans toute la France. Classé monument historique en 1995 et labélisée Musée de France, on peut visiter ce domaine et les 19 pièces de la maison.

Dans ce paradis vivaient le couple ROSTAND et leurs deux garçons. Le premier, chéri de sa maman, versifiait avec elle et faisait preuve d’un penchant homosexuel très marqué. Avec son ami Jean Cocteau, venu en visite, il faisait scandale dans le bourg. Une affaire de ballets bleus provoqua l’indignation générale. Edmond Rostand souffrait de la conduite de son fils. Aussi dissemblable que possible de son frère ainé, le jeune Jean Rostand voyait s’éveiller à «Aragna» sa vocation de biologiste. On lui avait installé dans le fond du jardin un laboratoire où il se livra à ses premières expériences de génétique.

Les Rostand avaient des amis brillants et raffinés que la personnalité du poète attirait. Un quatrain, sous le porche d’entrée d’«Arnaga», les accueillait :

Toi qui viens partager notre lumière blonde

Et t’asseoir au festin des horizons changeants

N’entre qu’avec ton cœur, n’apporte rien du monde

Et ne raconte pas ce que disent les gens

Edmond ROSTAND fréquentait les plus belles femmes, les plus intelligentes aussi et ses liaisons ne passaient pas inaperçues : Madame Simone (morte le 2/11/1985, âgée de 108 ans !) Anna de Noailles, Sarah Bernhardt, bien sûr. Le ménage s’effritait. Rosemonde, se consolait avec le falot Tiarko Richepin, le fils du poète. Enfin, le 7 juin 1910, ce fut la première de CHANTECLER que le public attendait depuis dix ans. Ce fut un demi-succès ou plutôt un demi-échec. Ces acteurs, vêtus en animaux de basse-cour, surprirent les spectateurs, et, bien vite, les ennuyèrent.

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CHANTECLER

La pièce comportait pourtant de bien beaux morceaux de bravoure. Notamment l’HYMNE AU SOLEIL déclamé par le coq :

Je t’adore, Soleil

Tu mets dans l’air des roses,

Des flammes dans la source, un dieu dans le buisson,

Tu prends un arbre obscur et tu l’apothéoses !

Ne seraient que ce qu’elles sont !

Affecté par l’accueil réservé a sa pièce, Edmond ROSTAND se retira à ARNAGA. Pendant la guerre, il ne vécut plus que dans l’attente de la Victoire. Au cour d’un voyage à Paris, il connut Mary Marquet qu’il ramena à Anarga le 28 juillet 1918. Ce fut sa dernière passion. Afin de pouvoir l’épouser, il songeait à demander le divorce. Il voulut être à Paris afin d’assister à la Victoire tant espérée. Il ne se doutait pas qu’il quittait Arnaga pour toujours. La veille du départ, sinistre présage, l’un de ses pigeons blancs s’abattit à ses pieds et y mourut. le 10 novembre, il était à Paris pour assister à la liesse immense qui salua l’armistice. Sa joie fut de bien courte durée : une semaine plus tard, il mourait, victime de la même épidémie de grippe espagnole qui tua un autre poète, Guillaume Apollinaire.

EDMOND ROSTAND, sentant venir sa fin, avait écrit : Je ne veux voir que la Victoire. Ne me demandez pas : «Après» ?. Après, je veux bien la nuit noire. Et le soleil sous les cyprès.

♦ Quelques années plus tard, le nom de ROSTAND sera de nouveau célèbre, non à cause de Maurice, poète frisé et bêlant, mais grâce à JEAN ROSTAND, remarquable savant et philosophe qui défendait dans ses écrits une morale fondée sur la croyance en la vérité et le progrès humain. On pourrait le définir comme un humaniste athée qui, toute sa vie, chercha à imposer une religion de l’homme.

Écoutez la voix de ce sage :

  • Etre le plus homme possible, développer en soi ce qui est le propre de l’homme et pour cela, être le moins bestial, le moins infantile, le moins névrosé.
  • Etre adulte, c’est être seul.
  • Je me sens très optimiste quant à l’avenir du pessimisme
  • Ô vérité, toi si belle quand il s’agit des choses, si laide quand il s’agit des hommes….
  • On tue un homme, on est un assassin. On tue des millions d’hommes, on est un conquérant. On les tue tous, on est un Dieu.

Le Château de Chambord, une oeuvre d’art exceptionnelle vieille de 500 ans !

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Chambord est sur la première liste des Monuments historiques en France en 1840, il est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1981.

Chambord est entouré d’un vaste parc forestier, protégé par une enceinte de 32 kilomètres de long, qui en fait le plus grand parc clos de murs d’Europe avec 5440 hectares. Chambord est une œuvre radicalement unique, l’un des joyaux du patrimoine de l’humanité. Sa vocation est symbolique, esthétique et spirituelle. Affirmation du pouvoir royal mais aussi évocation d’une cité idéale, le monument demeure une énigme qui n’a pas fini de révéler tous ses secrets. Chambord est un monument de beauté et d’intelligence, pensé par François 1et et Léonard de Vinci. C’est l’expression même de la Renaissance et son symbole à travers le monde. Chambord est sans doute à l’architecture ce que la Joconde est à la peinture. Non seulement parce que Chambord est l’édifice civil le plus important de cette époque mais parce que sa conception comme sa symbolique expriment l’idée du renouveau perpétuel, du cycle de la vie, de la place de l’homme dans le cosmos et d’une forme d’éternité.

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François 1er

1519. Un palais surgit au cœur des terres marécageuses de Sologne. François 1er, tout jeune roi, en ordonne la construction.

C’est une oeuvre architecturale monumentale que le roi se plaît à montrer aux souverains et ambassadeurs comme un symbole de son pouvoir, inscrit dans la pierre. Le plan du château et ses décors ont été conçus autour d’un axe central : le fameux escalier à double révolution, inspiré par Léonard de Vinci, spirale ascendante qui mène à partir des terrasses au foisonnement des cheminées et chapiteaux sculptés. ▼

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Escalier à vis – château de Chambord
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Léonard de Vinci

Doit-on le conception du château de Chambord, à Léonard de Vinci ? À la suite de la bataille de Marignan, François 1er découvre les merveilles de l’architecture italienne et le travail de Léonard de Vinci. Lors de son retour en France en 1516, François 1er invite le maître italien à séjourner à la cour de France en tant que «premier peintre, architecte et ingénieur du roi». Son influence dans la conception du projet de construction du château se retrouve dans la comparaison entre des partis architecturaux adoptés (le plan centré du donjon, le présence d’un escalier à vis, d’un système de latrines à double fosse et conduit d’aération ou encore le système d’étanchéité des terrasses…) et les croquis qu’il a réalisés dans ses carnets. Aucun autre architecte ou ingénieur n’a en effet laissé la trace de tels principes. On peut ainsi penser que Chambord fut la première et la dernière création architecturale du maître, mort au château du Clos Lucé à Amboise en 1519, quelques mois avant que ne débutent effectivement les travaux de construction de Chambord.

Il faut attendre le règne le Louis XIV pour que l’édifice soit achevé. C’est également à cette époque que les abords du château sont aménagés. Des écuries sont construites à l’extérieur du château et la rivière du Cosson, qui traverse le parc, est en partie canalisée pour assainir le site. Le Roi Soleil réside à plusieurs reprises dans le monument en compagnie de sa cour. Ces séjours sont l’occasion de grandes parties de chasse et de divertissements. Ainsi, Molière présente pour la première fois à Chambord la plus célèbre des comédies, le Bourgeois gentilhomme, le 14 octobre 1670, en présence de Louis XIV et de Lully.

Au XVIIIe siècle, des travaux sont entrepris afin d’aménager l’intérieur du château. Louis XV en dispose pour loger successivement son beau-père Stanislas Leszczynski, roi de Pologne exilé entre 1725 et 1733, puis le maréchal de Saxe, en récompense de sa victoire militaire de Fontenoy (1745). La nécessité d’apporter chaleur et confort à l’édifice pousse les différents occupants à meubler de façon permanente le château et à faire aménager dans les appartements boiseries, parquets, faux-plafonds et petits cabinets. Durant la Révolution, le château est pillé, le mobilier est vendu mais le monument échappe à la destruction.

Chambord connaît une période d’abandon avant que Napoléon n’en fasse don en 1809 au maréchal Berthier en remerciement de ses services. Ce dernier n’y fait qu’un court séjour et sa veuve demande rapidement l’autorisation de vendre cette grande demeure en mauvais état. L’ensemble du domaine de Chambord est ensuite offert en 1821 pour une souscription nationale au duc de Bordeaux, petit fils du roi Charles X. Les événements politiques qui le conduisent à l’exil ne lui permettent pas d’habiter son château. Il ne le découvre qu’en 1871 à l’occasion d’un court séjour pendant lequel il rédige son célèbre «Manifeste du drapeau blanc» qui l’amène à refuser le drapeau tricolore, et par là-même le trône. À distance pourtant, le comte de Chambord est attentif à l’entretien du château et de son parc. Il fait administrer le domaine par un régisseur, entreprend de grandes campagnes de restaurations et ouvre officiellement le château au public. Après sa mort, en 1883, le domaine passe par héritage aux princes de Bourbon Parme, ses neveux.

Le château et le parc sont propriété de l’État depuis 1930. Durant la Seconde guerre mondiale, les collections des grands musées parisiens sont évacuées afin d’être mises à l’abri des risques d’extraction et de bombardements sur la capitale. Ainsi, la Joconde de Léonard de Vinci, La Vénus de Milo, La Victoire de Samothrace, les peintures de Raphaël du Louvre, les tapis de la Savonnerie du château de Versailles…sont conduits vers un centre de dépôt et de triage unique, Chambord.

Dès 1938, le recensement des lieux pouvant abriter les collections nationales en cas de menace avait imposé Chambord comme un dépôt et lieu de transit idéal, situé en pleine forêt, éloigné de tout terrain militaire et de tout centre urbain, aux dimensions imposantes et aux pièces de plus de 100 mètres carrés. Craignant les bombardements et les pillages allemands, les principaux musées de Paris organisèrent un plan d’évacuation et de sauvetage ainsi, le 28 août 1939, le plus grand déménagement de tableaux de l’histoire s’achemine vers Chambord. Grâce à des conservateurs et des fonctionnaires du patrimoine zélés, les trésors nationaux traversèrent la guerre sans encombre, transformant Chambord en un musée imaginaire.

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Chambre de Louis XIV

Visiter Chambord, c’est accéder à un monde à part, qui ouvre les portes du génie. Ce château suscite toujours admiration et fascination, il est le plus mystérieux des palais royaux, jouant de la fausse symétrie et de plusieurs inconnues.

Louis XIV personnage iconique de l’Histoire de France

Louis XIV personnage iconique de l'Histoire de France..

Louis XIV est le plus célèbre des rois de France et aussi le plus méconnu. Un exemple, on le disait petit à cause d’une armure qui lui avait été offerte, qui est exposée au Louvre. Or, cela est confirmé par des historiens spécialistes, il mesurait 1 mètre 84, ce qui était très grand pour l’époque.

Dès sa naissance, Louis XIV se fait remarquer pour ses dents. En effet, Hugo Grotius écrit en 1638 qu’Anne d’Autriche a donné naissance au Dauphin et que celui-ci est né avec deux incisives et qu’il mutile les téton de sa nourrice, Pierrette Dufour, tant il a l’appétit vorace. Et les dents du roi Soleil vont lui poser de nombreux problèmes depuis l’âge de 39 ans jusqu’à ses derniers jours.  

Dès le berceau, Louis est vénéré comme un demi-dieu, c’est un petit garçon en représentation permanente. Lorsqu’il naît, son père Louis XIII a 37 ans. C’est un roi fatigué et malade et il ne fait aucun doute que le petit Louis montera vite sur le trône. Et effectivement, à 5 ans il devient roi. Quatre jours après la mort de son père, le 18 mai 1643, la régence de sa mère Anne d’Autriche, secondée par son premier ministre le cardinal Mazarin, est votée. Tout le poids du pouvoir ne repose pas encore sur ses épaules, mais il comprend déjà qu’il sera toujours seul face aux épreuves. Constamment,  il doit paraître, figurer, réciter des phrases convenues lors des réceptions des ambassadeurs, des revues de troupes, des visites de frontières, des grand-messes, etc. Le petit Louis est un enfant sérieux, tout en contrôle….Beaucoup trop pour son âge ! Ses compagnons de jeu lui reprochent d’ailleurs de ne pas assez rire. Louis étudiait ses gestes, ses pauses, sa démarche volontairement calme et sereine. Il cherchait à donner l’image d’un prince sérieux, pondéré, droit, digne, attaché à son devoir. Bref en tout soumis à la raison. 

A 20 ans, Louis XIV est plus une marionnette en représentation qu’un monarque en puissance. Sa mère et son ministre Mazarin décident toujours seuls des affaires du royaume, alors qu’il a largement l’âge de gouverner ( la majorité était fixée à 13 ans à l’époque). 

Ses camarades – peu nombreux – le trouvent gauche et balourd. On ne lui connait ni confident ni ami sincère. Ce roi peu bavard, toujours en retrait sauf quand il est sur scène, cache bien son jeu. Et il ne tarde pas à le montrer. Le tournant  a lieu lors du conseil des ministres du 10 mars 1661. Mazarin est mort la veille. C’est le déclic : le roi qui a 22 ans, décide de prendre les rênes du pouvoir. Et d’évincer sa mère. 

«JE ME DOUTAIS BIEN QU’IL SERAIT INGRAT ET VOUDRAIT FAIRE LE CAPABLE!»

– s’écrie la reine mère, Anne d’Autriche quand elle apprend qu’elle a été exclue du premier conseil du roi après la mort de Mazarin. 

– «Jusqu’à présent, j’ai bien voulu laisser gouverner mes affaires par feu Mr le Cardinal, lui répond le roi, mais il est temps que je les gouverne moi-même».

Désormais tout devra passer par lui, il sera seul maître à bord. 

La suite de son règne va être une démonstration de force permanente. Louis XIV développe une politique de l’éblouissement et de la séduction pour mieux asseoir son pouvoir. S’il veut devenir le plus grand roi du monde comme il aime à se qualifier lui-même, Louis XIV a besoin d’un écrin à son image. De Versailles qui n’était qu’un modeste pavillon de chasse, hérité de Louis XIII, il fait un palais aux dimensions colossales. Il confie les travaux à Le Vau, l’architecte du déchu Fouquet. Les projets de Louis XIV frisent le délire. Il pratique l’hyper-contrôle : il se fait envoyer des comptes-rendus précis des travaux, annote, modifie les plans selon son humeur. Pas une perspective, pas un bosquet qui n’ait été remanié dix fois. 

Lorsqu’il ne festoie pas dans son château, Louis XIV fait la guerre. Il aime l’odeur du sang qui annonce la gloire. Sa Gloire. Le monarque raffole des sièges de ville, auxquels il assiste le plus souvent lové dans un fauteuil, sur une hauteur dominant le champ de bataille. Un plaisir de mégalomane : le roi veut écraser l’Europe sous sa botte. En 1667, sa première guerre est menée contre les Pays-Bas espagnols, principal rival commercial de la France. Cinq ans plus tard, ce sera la Hollande – qu’il surnomme la «nation des boutiquiers» – Les années 1680 et 1690 ne sont qu’une succession de batailles. 

A partir de 1693, alors qu’il ne peut plus commander personnellement les armées, Louis XIV continue de diriger les opérations depuis Versailles. Un va et vient incessant de messagers à cheval lui apportent les nouvelles du front et transmettent ses ordres. Le roi est obsédé par les moindres détails : la qualité des fusils ennemis, la distribution des munitions et des fournitures aux troupes…

Mais c’est grâce à son égo démesuré que la France est devenue, à l’aube du XVIIIe siècle, la première puissance Européenne.

Cependant, l’image historique du monarque absolu, à la fière prestance, est pour le moins tempérée par la cruelle réalité de ce grand corps malade.  Le Roi tout puissant est un goinfre, il souffre de la podagre et de la gravelle, il porte la perruque parce qu’il est chauve depuis sa jeunesse. Au quotidien, ça ne devait pas être une partie de plaisir de le côtoyer…..

Louis XIV

CHAUVE A 20 ANS

Le Roi-Soleil a perdu ses cheveux à l’âge de 20 ans, après avoir contracté la typhoïde lors de la bataille de Nimègue. Il disposa toute sa vie d’un cabriolet à perruques, près de sa chambre, pour les perruques de chasse, de messe et du souper. 

BEAU COMME APOLLON ? 

Louis XIV se veut l’égal du dieu grec du Soleil, dont la beauté a été mille fois vantée. Était-ce mérité ? «Louis XIV était le plus bel homme de son royaume», écrit dans ses Mémoires la princesse Palatine, belle-sœur du roi. Selon le Bernin, artiste romain venu à la cour pour réaliser un buste royal, Louis XIV «a la moitié de la bouche d’une façon et l’autre d’une autre, un œil différent aussi de l’autre, et même les joues différentes». Il a aussi un «petit sein», c’est à dire une verrue, au nez, près de l’œil. 

GRAND CORPS MALADE

Louis XIV souffre d’atroces maladies chroniques. Parmi elles…des dysenteries à répétition. Louis mange comme un ogre, d’où ses terribles ennuis intestinaux. Entre 1696 et 1705, ses selles attestent qu’il avait attrapé le ténia (ver solitaire) et La gonorrhée ou «chaude pisse», contractée à 17 ans avec la dame de cour, Mme Bellier, chargée de son éducation sexuelle.  

La Goutte, cette maladie qui se manifeste par des douleurs au niveau du gros orteil lui pourrit la vie à partir de 1685. Pendant les crises, le roi emprunte une «roulette», un fauteuil roulant. Il a également des problèmes dermatologiques. Jusqu’à l’âge de 8 mois, Louis est privé de bains. La crasse et la vermine laissent des cicatrices sur sa peau.  Il a aussi des caries, en 1685, un dentiste maladroit lui arrache la moitié du palais. Toute sa vie, le roi régurgite par le nez et une odeur infâme se dégage de cet écoulement…Pendant des années, Louis XIV s’en accommodera, plutôt mal que bien, mais, dans le courant de 1685, l’odeur forte et quasi cadavéreuse qui accompagne ses régurgitations n’est plus supportable et le premier chirurgien Félix procède évidemment sans la moindre insensibilisation, à quatorze pointes de feu, et en profite pour arracher les dents cariées du bas. Le malade, inondé de fleur d’oranger, mettra plusieurs mois avant de reprendre le rythme de ses repas en public. Il n’a presque plus aucune dent et celles qui lui restent sont en piteux état. Bien qu’il ne puisse plus mastiquer correctement, il souhaite garder la même alimentation, alors on lui coupe son gibier en petits morceaux et il les avale sans même les mâcher ; son estomac n’apprécie pas et on a recours à des lavements pour soigner ses maux de ventre.

Il eut bien sûr d’autres «incommodités» et «misères physiques» : Fièvres, migraines,  malaises,  rhumatismes, goutte,  diabète, cauchemars, insomnies….etc. 

Malgré tout, QUAND L’ASTRE SE LÈVE ….

Il est 7 h 30 à Versailles. Le premier valet de chambre du roi s’approche du monarque : «Sire, voilà l’heure» A l’autre bout de la pièce, le Grand chambellan entre, suivi des premiers gentilshommes de la Chambre, du grand-maître de la garde-robe, du premier médecin et du premier chirurgien. Ces VIP vont assister à la toilette de Louis XIV : le rideau du lit est ouvert, quelques gouttes d’esprit de vin sur les mains, présentation du bénitier, signe de croix, choix de perruque. Le roi se lève, mules, robe de chambre, fauteuil, entrée du premier barbier, toilette, fin du «petit lever». 

RÉCEPTION SUR LE TRÔNE 

Pour avoir le privilège de regarder le roi installé sur sa chaise percée, il faut être titulaire d’un «brevet d’affaire». Pas donné à tout le monde ! On ne compte que 7 brevets en 1693 et plus que 5 en 1712. A l’époque, cette activité est ritualisée. Il est courant de recevoir sur sa chaise percée : on y écrit, on y joue, les ministres y donnent même audience …

ROI BLING-BLING

12 MILLIONS DE FRANCS de l’époque, c’est la magot que le roi porte autour du cou, sous la forme de diamants, lors de la réception des ambassadeurs de Perse à Versailles, le 19 février 1715. Il a 77 ans. 

BÂTARDS CHÉRIS 

En tout cas, il était doté d’une vitalité extraordinaire, troussant à tout-va. Dans sa jeunesse il baisait tout le temps sa maîtresse Madame de Montespan, parfois même en plein jour, et le soir il allait honorer la reine.  Il s’inquiéta auprès de son médecin que les enfants de la reine mouraient tous quand ceux de la Montespan étaient forts et vigoureux. Le docteur eut ces mots, évoquant la reine malheureuse : «Il ne reste à cette dernière que la rincée du verre». 

Onze enfants sont nés de ses amours avec ses favorites, Louise de La Vallière et Mme de Montespan. Tous ont été légitimés. En 1714, un édit les déclare aptes à la succession de la Couronne, si tous les princes de sang venaient à mourir. Ce qui fut presque le cas, puisque le futur Louis XV, son arrière-petit fils, est le dernier de ses descendants «légitimes» à sa mort, en 1715. 

UN GRAND MÉCÈNE 

Il est devenu le protecteur de grands noms de la littérature, comme Molière, l’immense dramaturge. Il a aussi créé l’Académie des Belles Lettres et l’Académie Royale de Musique. Le Roi protégeait les artistes français les plus importants. Ces artistes chantaient, jouaient et peignaient pour le château de Versailles. Cependant, en dépit de la grandeur du roi et de son palais, la monarchie était de plus en plus isolée des gens, et l’art par conséquent, était relégué à la vie de château.

BOURREAU DE TRAVAIL

Dans les années 1690, après la mort de Louvois, son principal ministre, Louis XIV travaille jusqu’à 9 heures par jour. Dimanche compris. Donc 63 heures par semaine. 

LA MODE DE LA FISTULE 

En 1686, une seule question agite la Cour : l’anus du roi Soleil va-t-il bien cicatriser? 

Février 1686. A 48 ans, après avoir surmonté bien des maladies, Louis XIV affronte une nouvelle épreuve, aussi douloureuse qu’embarrassante...Il s’agit d’une fistule anale, un abcès lié à l’infection d’une des glandes situées près de l’anus.  Cette affection est répandue à l’époque, souligne Stanis Perez, membre de la société internationale d’histoire de la médecine et auteur d’un livre consacré à la santé du Roi-Soleil: «Cette lésion devait être due à la pratique intensive de lavements effectués en introduisant dans l’anus un clystère. En effet, on ne maîtrisait pas la stérilisation de cette seringue métallique» A la Cour, l’indisposition du roi est d’abord évoquée de façon fort pudique. Le mémorialiste Dangeau écrit ainsi que le monarque souffre d’une « tumeur à la cuisse ». Mais, à partir du printemps, le mal intime du roi est dévoilé par les médecins ; et, de fait, il monte de moins en moins à cheval, puis apparaît enfin en chaise à bras pour ses promenades.

En coulisses, une guerre se déclare entre les médecins et les chirurgiens quant au traitement à appliquer. « Les premiers, explique Stanis Perez, avaient une définition intellectuelle de leur métier. Pour eux, les chirurgiens étaient des manuels pratiquant un métier dégradant à cause de leur contact avec le sang» Durant toute la première moitié de l’année 1686, les médecins gardent la main. Mais leurs cataplasmes et emplâtres ne sont pas efficaces. A l’automne, la santé du roi devient une affaire publique. La Cour voit affluer des guérisseurs ambitieux souhaitant tirer profit de leurs pharmacopées pour s’imposer dans l’entourage du souverain. Le clan du médecin Antoine Daquin cède peu à peu le pas à celui du chirurgien Charles-François Félix de Tassy. De la même génération que son patient, celui-ci a réussi à convaincre le roi qu’une incision le soulagerait, avec, pour seul désagrément, une douleur de quelques minutes.

Le chirurgien se fait la main sur des cobayes humains

Félix joue sa carrière. Pour mettre toutes les chances de son côté, il mène des expériences in vivo : des indigents reclus à l’hôpital de Versailles sont réquisitionnés. On ne connaît pas le nombre de cobayes qui succomberont sous son bistouri. En revanche, on sait, d’après Hébert, le curé de Versailles, que les morts étaient enterrés à l’aube, sans faire sonner les cloches, «afin que personne ne s’aperçût de ce qui se passait».

Instruments utilisés pour opérer le roi : un scalpel et un écarteur

18 novembre 1686, 7 heures du matin. La « grande opération » démarre. Elle est menée dans la chambre du souverain. A son chevet, son premier chirurgien et son premier médecin accompagnés de leurs aides. L’intervention est menée dans le plus grand secret. Nul n’en a été informé, pas même le Dauphin. «Cet acte chirurgical était aussi extrêmement délicat d’un point de vue politique, souligne Stanis Perez. «Versailles regorgeait alors d’espions envoyés par les cours européennes suivant avec intérêt le moindre signe de faiblesse du roi».

Traversin sous le ventre pour lui élever les fesses, jambes écartées, le roi s’en remet au chirurgien Félix, bistouri à la main, front trempé de sueur. En guise d’anesthésiques, des prières et peut-être du vin, bien que le roi ne soit pas porté sur la boisson. A-t-il crié ? Les mémorialistes n’en disent rien. Mais on lui prête ces paroles: «Est-ce fait, messieurs ? Achevez et ne me traitez pas en roi ; je veux guérir comme si j’étais un paysan». 

L’opération est un double succès. Médical et médiatique. Sa réussite est aussitôt amplement instrumentalisée par Versailles. «Dans l’histoire de l’Ancien régime, il n’y a jamais eu autant de publicité faite autour de la guérison d’un souverain», confirme Stanis Perez. Au moins deux autres incisions sont pratiquées par Félix à la fin de l’année 1686, et le roi ne commence véritablement à se rétablir qu’en janvier 1687. Mais le royaume n’en sait rien, tout à l’ivresse des réjouissances et messes en actions de grâce organisées pour saluer la royale guérison.

Pour imiter Louis, des courtisans se font aussi opérer

Dans les métropoles de province, on sort les fontaines à vin. A Versailles, les opérations de la fistule se multiplient : les courtisans, victimes du même abcès, ont en effet décidé de suivre la voie tracée par le souverain. «De là, note Stanis Perez, l’engouement sans précédent pour la chirurgie et l’anatomie jusqu’à la fin de l’Ancien régime».

De ces mois stressants, Félix conservera un tremblement tenace de la main. Mais aussi gloire, terres et forte somme d’argent. Le roi verra quant à lui son image de robustesse confortée : en 1687, place des Victoires, on inaugurera ainsi une statue à son effigie portant l’inscription «A L’HOMME IMMORTEL».

Lully finalement, sera la victime unique et inattendue de la «grande opération».  Comme nombre d’artistes de la cour, le musicien se met à travailler à une oeuvre – un te-Deum – (grand Dieu sauve le Roi)  composée en l’honneur de la guérison du roi. Elle est d’autant plus importante pour lui qu’il n’est plus en odeur de sainteté à la Cour. Lors d’une répétition, le bouillant maestro frappe le sol de toutes ses forces avec son bâton de direction…qui finit par écraser son gros orteil. Après une gangrène galopante, Lully rendra son dernier soupir le 22 mars 1687. Vingt-huit ans avant que son mécène, le roi, ne meure également d’une gangrène. 

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En 1714, Haendel, alors compositeur officiel du roi britannique George 1er est en visite à Versailles. Il entend l’hymne de Lully, dont il ignore l’origine.  Il le note, fait adapter le texte en anglais et le soumet à son roi. Énorme succès –  What a wonderful music ! (les droits d’auteur n’existaient pas !) –  L’hymne est dorénavant joué dans toutes les cérémonies ou George 1er est présent et s’impose au fil du temps comme l’hymne national :   «God Save the King ». Plus tard, quand la reine Victoria arrive sur le trône en 1837, l’hymne se transforme tout naturellement en «God save the Queen».  Aujourd’hui encore, chaque fois que les Anglais entonnent leur hymne national, ils chantent un air qui a été composé pour le postérieur de Louis XIV !  Ce que les historiens anglais réfutent catégoriquement. 

Un remède empoisonné 

Le roi a sans doute attrapé sa fistule au cours d’un lavement, après introduction dans son rectum d’un clystère infecté. Au XVIIe siècle, le lavement connaît en effet son plein essor. Molière s’en fera l’acerbe critique dans «Le Malade imaginaire».

L’invention du «bistouri à la royale».

Depuis Hippocrate, on sait réduire la fistule anale à l’aide d’un fil métallique tranchant. Mais l’opération peut causer une hémorragie mortelle. Charles-François Félix, en charge des soins du roi, va donc confier à ses couteliers la conception d’un nouvel instrument plus sûr. Ce sera un bistouri courbe, prolongé par un stylet, dont le tranchant, recouvert d’une chape d’argent, évite de blesser les chairs lors de son introduction dans l’anus. Il sera nommé «bistouri à la royale».

LA GANGRÈNE 

Un an avant sa mort – il avait soixante seize ans – Louis XIV semble aller moins bien, il a maigri. C’est au début août 1715, que le roi, revenant de la chasse, se plaignit d’une douleur à sa jambe gauche qui commençait à enfler. Son médecin lui fait subir quelques mouchetures avec une lancette et des incisions profondes , puis il constate qu’il a la gangrène. Le roi s’affaiblit, présente des mouvements convulsifs et n’a plus ses esprits. On appelle des charlatans qui lui font ingurgiter des remèdes miracles, restés sans effet. Le Roi meurt le 1er septembre 1715 à 8 heures du matin. 

Il faut souligner le courage physique du monarque. 

Il supporte, sans anesthésie, le cautère brûlant pour obturer la solution de continuité entre le palais et les fosses nasales. Il supporte tout autant le scalpel et le cautère pour la mise à plat de la fistule anale, sans parler des douleurs répétitives des crises de goutte et de gravelle et des incommodités des saignées, des purges et des clystères. Si l’on excepte ses excès alimentaires, Louis XIV fut un patient exemplaire et qui put dominer la maladie pour l’action politique ou militaire, mais aussi pour les plaisirs de la chasse, des fastes de la cour et des amours coupables. 

Et l’on réalise alors a quel prix ce Roi, si travaillé de l’intérieur, comme dit Sainte-Beuve, sut faire d’un idéal stoïcien de maîtrise de soi un programme de gouvernement, afin de conserver à la majesté le double corps de son apparence. 

Le Grand Siècle, dominé par la personnalité de Louis XIV, fut le théâtre de percées scientifiques essentielles. 

A peine quarante ans après sa mort, Voltaire publie Le Siècle de Louis XIV, un essai exaltant le Soleil.…pour mieux égratigner Louis XV. 

Théâtre, cinéma, comédies musicales. Louis XIV, a ressuscité à maintes reprises depuis le début du XXe siècle et il brille toujours au delà des frontières de son royaume. Le Roi Soleil a été et continuera à être l’un des personnages iconiques de l’Histoire de France.